« Combien de mois encore devrons-nous tenir sans généraliste ? »Jusqu’à la semaine dernière, le maire de Damvix a cru avoir résolu son problème. Au cœur du Marais poitevin, la commune de 750 habitants, sans médecin « depuis décembre dernier », devait ouvrir son cabinet médical « en juillet ».
En février, le maire, Jean-Claude Richard, était allé en Roumanie rencontrer une urgentiste. Célibataire, 40 ans, elle acceptait de quitter son pays pour « un contrat qui la salariait ». Pour son cabinet et son logement meublé, Damvix a investi « 50 000 € ». Son installation collait avec les projets intercommunaux.
Un projet « lourd et lent »
« Nous n’avons plus que neuf généralistes pour 16 400 habitants, dont deux ou trois sur le point de partir à la retraite. Alors qu’il serait raisonnable d’avoir un médecin pour 1 000 habitants. » Les élus de Vendée-Sèvre-Autise prévoient donc une maison médicale à Benet, deux antennes à Maillezais et à Nieul. Coût : 2,13 millions d’euros. Financement intercommunal : 1,03 million.
Ce projet est « lourd et lent », regrette Jean-Claude Richard, également président de la communauté de communes. Mais on n’a pas le choix : à Fontenay-le-Comte, la ville voisine, on ne trouve plus de médecin depuis le début de l’année et le cabinet médical de Mervent sature.


(Photo : Ouest-France)

Bref, le désert médical avance inexorablement en Sud-Vendée. Et l’oasis de Damvix s’est transformée… en mirage. « Quand elle est arrivée début juin, notre future médecin s’est formée au logiciel de la CPAM », indique le maire. Une secrétaire médicale est recrutée.
Le 25 juin, celle « qui maîtrisait assez bien la langue française » se présente à l’Ordre des médecins, à La Roche-sur-Yon, pour son inscription.
La pilule est amère
À l’issue de l’entretien « où une dizaine de médecins la questionnent », Jean-Claude Richard la récupère « effondrée ». Elle n’obtient pas l’inscription. Estimant « ses connaissances sur le plan médico-administratif insuffisantes », le conseil lui demande de « faire une formation auprès d’un généraliste pendant un mois ». Elle se dit« humiliée ».
« Nous avons argumenté, lui avons dit que ce n’était pas un refus, elle est repartie pour la Roumanie. » Pour le maire, la pilule est difficile à avaler. « L’Ordre serait-il en train de protéger le pré carré de la médecin salariée ? », s’interroge-t-il.
« Elle n’avait aucune formation sur l’organisation française », estime l’Ordre, qui a juste appliqué un article en lui proposant« l’accompagnement, comme cela a été fait pour un autre médecin roumain dans une autre commune vendéenne ».
Le délégué territorial de l’Agence régionale de santé, Étienne Le Maigat, pensait lui aussi « tenir un médecin pour cette zone en tension » tout en s’interrogeant sur les raisons de cette« déstabilisation » qui ont poussé la praticienne à repartir. En Roumanie, « les médecins touchent en moyenne un salaire de 450 € alors que nous lui assurions un salaire de départ intéressant, en attendant qu’elle se constitue sa patientèle », regrette encore le maire de Damvix.


Le désert médical avance inexorablement en Sud-Vendée et les cabinets médicaux sont surchargés. (Photo : Fotolia)